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COLORISME : POUR L’AMOUR DE LA DIVERSITÉ

La peau Noire présente plusieurs carnations ou teintes, allant d’un caramel en passant par le café crème au chocolat pur et intense. En plus du racisme, qui est cette discrimination des communautés considérées comme minoritaires, nous avons au sein de ces mêmes communautés le phénomène du colorisme. Ce dernier a toujours existé: pendant l’époque coloniale, les esclaves qui avaient la peau plus claire avaient un plus-value. Prés de 130 ans après que le dernier pays au Monde ait aboli l’esclavage, la couleur de notre peau reste notre première identité face à l’interlocuteur. Elle parle pour nous avant que nous puissions dialoguer et donne déjà une impression sur notre appartenance. Il y a une hiérarchisation de la peau noire et une appellation selon chaque pays ou continent. Dans mon pays d’origine qu’est le Sénégal, on dira « Niuul kukk » pour définir une personne à la peau très foncée comme moi, Khadija, Fatou, Zahra, Ngoné Josyane…; « Xereer » pour définir une personne de teinte caramel comme Mimee et Safoura, ni trop noire ni trop claire; « Xess Pecc » pour définir une personne de teint clair comme Maimouna, Naima, Audrey ou encore Ivy. Chez moi « Niuul » sera souvent suivi de « Niaw » qui signifie vilain et « Xess » de « Rafeet » voulant dire beau/belle.

Le colorisme, qui est un des legs latents de la colonisation, est ce fléau qui défini une peau (Noire) foncée moins attractive au détriment d’une peau (Noire) claire. La couleur Noire a longtemps été associée, dans beaucoup de société, à la tristesse, la mélancolie, la pauvreté et tout ce qui tourne autour de la négativité et du malheur.  Mes invitées Audrey, Fatou, Khadija, Sherling, Naima, Khady Rami, Maimouna, Ngoné Josyane, Ivy, Safoura, Dya, Aïta, Esther, Sarah, Maguee, Maxii, Aicha et Zahra viennent du Sénégal, de la France, de la Côte d’Ivoire, de la Guyane, d’Haiti, de la Martinique, du Canada et de la Guinée Bissau et ont pu partager avec moi leurs expériences en grandissant en tant que Femme noire. Le colorisme étant un phénomène global, il ne s’applique pas uniquement aux femmes mais nous constatons qu’il y a plus d’aliénation et d’acharnement sur ces dernières. Cet acharnement et la pression médiatique ont poussé et continuent à pousser encore des personnes à utiliser des produits éclaircissant pour effacer cette teinte qui fait tâche et ressembler aux standards de beauté. Ces produits à base d’hydroquinone et de cortisone sont utilisés le plus en Afrique Subsaharienne, en Asie et en Amérique du Nord et génèrent des milliards d’Euros chaque année.

Même si dernièrement nous voyons de plus en plus de jeunes femmes foncées de peau s’accepter et être des rôles modèles pour la génération future, il y a encore une éducation qui devrait être faite à ce sujet. Il y a toujours ceux qui pensent que c’est de l’exagération quand les femmes noires foncées de peau se disent être discriminées et devoir travailler 2 fois plus que les femmes noires claire de peau, 3 fois plus que les femmes blanches et 4 fois plus que les hommes blancs. « En tant que femme noire, je me sens sous-représentée, que cela soit sur la scène politique, dans les médias français et même juste au travail. Je me pose toujours la question « suis-je prise pour mes compétences ou est-ce de la discrimination positive ? » ajoute Audrey. .

A la question « as-tu déjà eu des complexes en grandissant en tant que femme noire » les réponses ne m’ont pas surprise quand les filles qui ont une peau foncée comme Esther, Khadija, Fatou et les autres filles foncées comme moi ont souffert de mal-être et de manque de confiance « J’ai dit à ma mère que je voulais être blanche et plus tard cette année-là, nous sommes allés en Côte d’ivoire pour voir ma famille du côté de mon père et je ne l’ai plus jamais dit depuis » me dit Esther qui vit au Canada. « Quand j’étais plus jeune je pensais que les filles claires étaient plus belles que moi parce que c’est ce qu’on m’avait mis dans la tête » renchérit Maguee qui vit au Sénégal. Ayant grandi au Sénégal il y a une très grande pression sociale et une psyché culturelle quant à l’image de ce que doit être et/ou ressembler une Femme physiquement. Dans les médias que ce soit la publicité avec les différents canaux audiovisuel, les panneaux publicitaires, les concours de beauté… on promeut les Femmes au teint clair avec le placement des produits éclaircissant. Beaucoup de jeunes filles n’ont fort heureusement pas cédé à cette pression parce que trouvant naturellement leur peau jolie et ont su rester stoïque face aux moqueries et critiques. Mais qu’en est-il de ceux qui ont décidé la société dicter leurs modes de vie?

Il m’a déjà été proposé d’utiliser des produits éclaircissant pour « leraal’ (en wolof unifier et éclaircir la peau) sachant que je n’avais rien demandé car étant parfaitement satisfaite de ma peau.  » Je n’ai jamais eu de complexe en particulier mais j’ai des amies qui me disaient que j’aurai été plus belle si j’ étais plus claire et n’aimaient pas quand je revenais de vacances avec mon bronzage » me confie Sherling qui est originaire de la Guyane qui est un département très métissé de base; « En grandissant, je n’ai à aucun moment ressenti le besoin de m’éclaircir la peau, pour plaire à qui que ce soit, ou pour me sentir plus à l’aise dans ma peau mais des personnes proches de moi se vantaient d’être plus claires que moi. Pour elles, cela voulait certainement dire qu’elles étaient plus attirantes, plus séduisantes, plus belles en quelque sorte » intervient Dya qui vit au Sénégal. Nous avons beau aimer nos teintes de peau, revendiquer cette mélanine, accepter chaque petit détail de notre corps mais la société voudrait nous faire changer d’avis.

« NGOLO KANTE, NIAFOU, NOIRTES, SINGES, SAUVAGES »… ce sont les outrages employés dans la vie réelle et sur les Réseaux Sociaux notamment sur Twitter pour insulter et rabaisser les femmes noires au teint foncé. Non seulement ils pensent que Ngolo Kanté qui a une très belle peau foncée est une insulte mais en plus notre couleur de peau prime sur nos idées lors des débats; nos choix capillaires sont critiqués quand nous mettons des perruques et des extensions. Nous sommes des jalouses, des écervelées, des frustrées quand nous nous exprimons librement. On nous a depuis longtemps attribué d’être des femmes aux courbes généreuses et aux lèvres charnues, (ce qui n’est pas totalement vrai parce que nous avons toutes différentes morphologies et génétiques) de parler fort et d’avoir une attitude « Ghetto » ou « Ratchet ». Et ces attributs physiques qui ont jadis été moqués quand il s’agit de Femmes noires sont aujourd’hui recherchés et glorifiés. Nos réalités vont au delà du physique, c’est un combat psychologique qui demande un mental d’acier que nous menons quotidiennement.

Et avec le retour au Naturel qui est prôné aujourd’hui il y a bien un type de cheveux qui prime. Quand la plupart dit aimer les femmes avec les cheveux naturels, elle ne parle pas forcément de nos cheveux crépus 4b/4c Mesdames mais de cheveux légèrement frisés types 3a/3b  sur une peau caramel. D’ailleurs ce sont ces filles qui sont le plus souvent montrées dans les Clip Vidéos et les campagnes publicitaires pour produits capillaires « ethniques ». En allant du « Tu es belle pour une Noire » au « Je ne pensais pas que les Noires à la peau foncée pouvaient être aussi fine que toi » , nous avons de beaux jours devant nous avec le Colorisme. Khadija et Audrey qui sont collègues et respectivement foncée et claire de peau ont quand même eu la même remarque de la part d’un collègue qui leur disait avoir un beau corps « parce que d’habitude les ‘renois‘ elles ont des grosses fesses, tout est gros, ça ne fait pas naturel ». Ceci nous rappelle l’histoire de la Venus Hottentote Saartjie Baartman qui a, de son vivant, été fétichisée, ridiculisée et hyper sexualisée à cause de son physique et de son appartenance ethnique. Mes invitées qui ont le teint foncé comme moi ont presque toutes souffert de ces préjugés comparées à celles qui ont le teint clair et qui vivent en Afrique. « Vu que je suis plutôt de teint clair l’attention est souvent portée sur moi quand je marche dans les rues par exemple, j’ai l’impression de ne pas passer inaperçue » me dit Safoura.

« Étant métisse, je suis de peau naturellement claire et je me suis souvent sentie un peu discriminée au Sénégal. Les gens faisaient souvent des commentaires sur le fait que j’étais trop claire et je me sentais montrée du doigt. En dehors de l’aspect négatif j’ai pu remarquer du favoritisme, certes malsain, envers ma personne, notamment parce que je suis claire de peau » intervient Aicha Marème. Les personnes claires de peau sont très souvent victimes de commentaires négatifs parce qu’on a tendance à leur rejeter la faute d’être moins foncées et privilégiées. La société, depuis le colonialisme a implanté cette séparation au sein d’un même peuple. Les Mulâtresses à cette époque, nées de relations illégales entre les esclaves et les Massa étaient connues pour être plus privilégiées mais n’étaient tout de même pas considérées et acceptées comme des blanches. Ceci nous ramène à un autre point avec mes invitées qui ont la peau plus claire et sont en Europe ou en Amérique du Nord parce qu’elles souffrent elle-mêmes de discriminations raciales et coloristes.

SI le colorisme en Afrique et en Asie concerne plus les personnes à la peau foncée, en migrant vers les continents cités plus haut il y a une toute autre réalité. En occident, que nous soyons, claires,  foncées, caramel nous somme toutes vues et considérées comme des Noires. Audrey par exemple, Martiniquaise nous confie « quand j’étais au primaire/collège, je n’aimais pas mes lèvres qui étaient plus charnues que celles des autres. Jusqu’au lycée, je ne me trouvais pas du tout belle parce que je ne correspondais pas aux critères de beauté (cheveux lisses, lèvres fines, nez fin) » . Et ces propos sont secondés par Ivy, très claire de peau qui nous dit « Comme toute jeune fille en Amérique du Nord selon moi, grandir en tant que jeune fille noire à toujours été difficile. Lorsque ton école est homogène et qu’il y a seulement 2 ou 3 personnes noirs, on se sent rapidement différent et on subit une agression permanente et le seul souhait c’est de pouvoir se fondre dans la masse. Je pensais que ça ne serait pas trop dure pour moi puisque les gens croyaient que j’étais métisse, mais lorsqu’ils commentaient mes lèvres charnues et mon nez épaté, mes traits afro-américains, c’est là que j’ai commencé à me sentir rabaissée… Je suis très contente maintenant de pouvoir être entourée de personnes qui me ressemblent et d’assumer mes traits et mon identité. Je réalise que c’est l’une des plus belles choses que Dieu m’ait données ».

La rivalité entre Les LightSkin et les Darksin si on connait presque son étymologie, elle est aujourd’hui de plus en plus dénoncée et les concernées y travaillent. « Étant donné que j’ai la peau assez claire, je peux dire que j’ai été épargnée en ce qui a trait à ma couleur de peau. À cause des vieilles mentalités qui valorisent les personnes « light skin », ma couleur de peau a au contraire souvent été un avantage plutôt qu’un inconvénient. On m’a toujours dit que j’avais une belle peau pas trop foncée ni trop pâle, mais juste assez bronzée » me dit Naima même si à un moment donné vivant au Canada elle a eu des complexes « Par exemple, je voulais avoir les cheveux lisses et détachés plutôt que crépus et toujours tressés. Aujourd’hui, je suis très à l’aise avec les différences culturelles qu’il y a entre moi et les autres et j’accepte entièrement mes cheveux. Je les adore!! » rajout-elle. Et comme beaucoup d’entre nous on a eu à lui poser des questions sur ses cheveux, son habillement, sa culture et ses racines.

Le père de Beyoncé dans une interview récente nous explique comment le business à Hollywood a toujours favorisé les filles au teint clair. Des top modèles comme Nykhor Paul en ont aussi parlé dans le milieu du mannequinat. Ayant moi-même eu à faire des Castings à Paris, j’ai assez compris que les mannequins au teint noir devait travailler encore plus que leurs paires; et les agences avaient aussi du mal avec les critères du client parce qu’elles ne voient pas de différence entre une noire foncée aux cheveux crépus et une métisse aux cheveux frisés (le métissage ne concerne pas uniquement le Noir et le Blanc mais c’est ce qui est pris en compte dans ce contexte). Ayant grandi dans une famille de 7 filles nous ne sommes pas toutes de la même teinte et pourtant il n’y a jamais eu de privilège et de moqueries parce que mes parents, surtout mon Père, refusaient catégoriquement l’utilisation de produits éclaircissant et nous rappelaient toujours que nous avons de très belles teintes. C’est là que l’entourage joue un rôle primordiale parce qu’au Sénégal par exemple on nous a très tôt habitué aux produits défrisants pour lisser nos cheveux, on nous a appris que le cheveu crépu était un cheveu pas très présentable, impossible à traiter et qui ne poussait pas. Heureusement sur ce côté, les donnes sont en train d’être changées et la génération future aura plus de chances d’avoir une éducation capillaire intéressante.

Les Femmes noires en général font parties des groupes de personnes les plus marginalisées soit à cause du Patriarcat dans certains peuples, de leur couleur de peau, du sexisme, du machisme et tant d’autres facteurs.  Ce billet n’est en aucun cas une dénonciation passive mais un enseignement et un renseignement sur le monde dans lequel nous évoluons. Si nous pouvons participer à faire évoluer les choses pour, que les luttes de Maya Angelou, Charlotte Maxeke, Nina Simmons Rosa Parks, Hariett Tubman, Dorothy Height, Ruth First, Albertina Sisulu et toutes ces figures emblématiques qui ont participé a ce que nous soyons libres de nous exprimer aujourd’hui ne soient pas en vain, nous le ferons même avec les moyens les plus modestes. Des personnes m’ont souvent demandé pourquoi ce besoin constant de rappeler que notre peau est belle surtout sur les Réseaux Sociaux avec le terme « Dark is Beautiful »; c’est parce qu’on nous le fait pas ressentir le plus souvent et « Black Girl Magic » parce que nous sommes sous représentées et avons le moyen d’utiliser nos propres canaux.

si vous êtes actifs sur les réseaux sociaux, vous verrez de plus en plus défiler de jolies Femmes Noires à la peau foncée, souvent en maillot de bain, aux corps huilés qui prônent le « DarkSkin » et la beauté naturelle. Notre peau est plus qu’une tendance ou un effet de mode, nous voulons être reconnues à notre juste valeur, ne pas être belles juste quand nous sommes dénudées et hyper-sexualisées. Nous Audrey, Fatou, Khadija, Sherling, Naima, Khady Rami, Maimouna, Ngoné Josyane, Ivy, Safoura, Dya, Aïta, Esther, Sarah, Maguee, Maxii, Aicha et Zahra sommes des jeunes venues de différentes horizons mais liées par la même histoire. Nous ne voulons plus cette rivalité malsaine entre teintes de peau, nous sommes plus que nos couleurs de peau. Nous ne voulons plus que nos opinions n’aient pas d’échos par peur d’être jugées à cause de notre couleur de peau. Chacune de nous a la bonne couleur et nous sommes aussi belles les unes que les autres avec nos particularités. Nos couleurs de peau ne sont pas de vulgaires tendances passagères et nous ne voulons pas être complimentées au détriment d’autres Femmes.

Je termine l’article en remerciant mes invitées et les photographes qui ont pu organiser et gérer les Shootings. SoFatim au Canada, Morel Donou de Sewedo Prod au Sénégal avec l’aide de Khady Rami Traoré et Yves TASSY en France.

16 thoughts on “COLORISME : POUR L’AMOUR DE LA DIVERSITÉ

  1. First time her and I loved this article! 🇸🇳🇸🇳💁🏿‍♀️
    Hope that we can support each other ! I have a YouTube channel:Dina Tall

  2. Article trop intéressant. Nous nous atardons tous les jours sur nos différentes teintes de NOIRCEUR alors que sur le plan international nous sommes tous noirs !!! Pas de noir clair, noir foncé . C’est tout simplement ridicule !!!! Et plutôt grave au sein d’une même famille, pour des gens qui partagent le même patrimoine génétique. Le hasard aurait fait que tel soit plus clair, et alors ??? Pourquoi cela rythmerait sa vie ? Je suis maman de jumeaux l’un noir clair, l’autre noir foncé ; et je vois déjà considérations et discriminations tout autour de nous ce qui est tout simplement BAS …

    1. Effectivement l’entourage voudrait nous faire culpabiliser pour cette couleur qu’on a pas choisie. Nous avons tous les bonnes couleurs. J’espère que vos jumeaux se portent bien

    2. Ça a toujours été un problème chez nous les noirs. J’ai vécu cela aussi. Nous sommes 3 filles et étant la plus claire, mes deux sœurs ont toujours été complexées à cause de la couleur de leur peau. Souvent ma mère disait qu’elles etaient jalouses de moi alors que non ce n’était pas le cas. C’était juste à cause de cette discrimination!! Frustration ! J’espère qu’un jour nous noirs nous arrêterons de nous différencier les uns des autres et accepterons notre propre couleur de peau.
      Force à toi ma queen serere 😘

    1. ça a toujours existé malheureusement. Peut-être en ce moment il n’y avait pas un mot pour le décrire. Mais psychologiquement tout ce qui est noir et sombre est mauvais

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