BLACK EXCELLENCE : ÉTRANGERS EN EUROPE

Comme nous le savons, tous les ans, des milliers de jeunes africains foulent le continent Européen pour poursuivre leurs Etudes ou donner de nouvelles perspectives à leur avenir professionnel et/ou personnel. Les raisons de cette aventure sont diverses : la recherche de nouvelles expériences, la soif de l’émancipation, le rêve d’une nouvelle vie, la fuite d’un pays en guerre… La légende se veut qu’une personne qui quitte l’Afrique est forcément issue de milieu précaire et veut partir à la conquête de l’Eldorado. Au fil des années nous constatons que la plupart de ces jeunes sont retournés chez eux avec la hargne de développer leur pays. Qu’en est-il de ceux qui veulent rester et ont décidé d’adopter ce pays qui les a accueillis tant bien que mal? Ces jeunes Africains,  qui brillent en dehors de la musique et du sport sont très rarement mis en avant par les médias.

 

Oui il en existe des Africains partis de rien, qui œuvrent dans l’ingénierie, le droit, l’architecture, la santé, la recherche et le développement etc. Nous voyons souvent le hashtag Black Excellence sur les Réseaux Sociaux que d’autres associent à de l’aliénation ou de l’exagération. Il faut rappeler que pour nous, Africains et étrangers, habitant en Europe par exemple nous sommes rarement montré de manière positive dans les médias et la perception des autres est controversée. Le Black Excellence met en lumière ces Noirs qui réussissent mais dont personne ne parle, tapis dans l’ombre obligés de travailler dix fois plus que leurs paires mais qui n’ont pas la reconnaissance qui leur sied; qui créent et font bouger des choses mais muets parce que leur couleur de peau étant différente. C’est un concept qui n’appelle pas à la division mais qui se veut porteur de voix de personnes considérées comme des minorités.

Pour cette première série sur le théme du Black Excellence penchons-nous sur l’histoire de Cheikh Moustapha, Tamsir, Mohamed Mb et Mohamed Nd tous étrangers, venus en Europe pour continuer leurs études et faire valoir leurs compétences. Ils sont passés par les étapes traditionnelles pour l’étudiant étranger à savoir la pré-inscription dans une école, la demande de visa (qui n’est pas gratuite), la recherche de logements puis l’arrivée en France. Dès leur arrivée ils ont compris qu’Il y avait un grand fossé entre leur pays d’origine et leur pays adoptif même s’il n’y a pas de barrière de langue, le français étant leur langue officielle. Ils sont tous originaires d’un pays de l’Afrique de l’Ouest à majorité musulmane vivant en parfaite harmonie avec les différentes cultures.

Ce qui frappe en premier c’est cette culture à catégoriser les personnes selon leur couleur de peau, leur appartenance religieuse ou leur milieu social. Chaque pays a ses tares et cultures mais cela peut être inconfortable pour une personne, qui a vécu dans un endroit où l’apparence et l’appartenance n’ont jamais fait l’objet de discrimination, d’être victime de cette dernière. C’est normal pour tout étranger je pense de s’adapter aux lois et mode de vie de son pays d’accueil pour une bonne cohésion sociale mais la plupart se heurte à un problème tout autre. L’étudiant étranger en France par exemple est en possession d’un titre de séjour, qui lui permet de travailler à temps partiel soit 964h/année (20h/semaine ou 6 mois et 1 semaine à temps plein). Après ses études  il se voit accorder une Attestation Provisoire de Séjour (APS) à partir d’un un Master 1 valable pour une année. Cette règle varie toutefois  selon le pays d’origine notamment les accords signés entre ce pays et la France qui lui permet de travailler 964h à moins de trouver un employeur qui lui fera son changement de statut d’étudiant à Salarié. Ce processus paraît simple en apparence mais souvent très compliqué pour les étudiants.

Mohamed ND étant toujours étudiant (Master 1en information-communication à l’Université de la Sorbonne Nouvelle) et stagiaire dans un grand cabinet de consulting, j’ai recueilli les sentiments et remarques de mes trois autres invités (dont les portraits et parcours se trouvent à la fin de l’article) sur leur processus de changement de statut et de recrutement. « Tortueux » est le mot le plus sorti, sachant qu’ils sont respectivement diplômés de Masters en Biostatistique et Statistiques Industrielles, en Management avec une spécialisation en affaires internationales et en ingénieur informatique Systèmes et Réseaux; et qu’ils ont eu des expériences professionnelles (stages, Alternances, CDD ou CDI) avant l’obtention de leurs diplômes.

« Ce qui rend la recherche d’emploi plus difficile pour les étudiants en France, il s’agit de la procédure administrative de changement de statut. Les entreprises sont très frileuses par rapport à cette étape qui permet de recruter un étranger de nationalité autre qu’européenne. Votre employeur devra payer une taxe de 55% à la préfecture, justifier par écrit le choix de votre candidature sur au moins 5 autres candidats français et vous payer au moins 1.5% du Smic brut soit au minimum 1800€ brut » me dit Cheikh Moustapha. A cela s’ajoute une discrimination à l’emploi dû à l’appartenance sociale et/ou à la couleur de peau. En 2018 il existe toujours malheureusement des jeunes diplômés qui falsifient leur adresse considérée comme « quartier chaud » ou banlieue et évitent de mettre des photos sur leur CV pour décrocher ne serait-ce qu’un entretien.  Ayant moi-même travaillé dans un cabinet de recrutement j’ai été témoin de pratiques pas très éthiques et j’ai eu des expériences assez désagréables en entretien. Et les raisons de refus de candidatures peuvent être aussi farfelus que l’on ne le pense.

Les filières de Cheikh Moustapha, Mohamed Mb et Tamsir sont considérées comme porteurs c’est à dire objets de beaucoup de recrutements en Europe. Elles sont très recherchées chez les entreprises de consulting mais la plupart des étrangers se heurtent à des recruteurs limités sur les procédures d’embauche des étudiants étrangers et aussi ce manque de volonté d’embaucher les personnes considérées comme venant de communautés minoritaires. En Europe, je définirai ces dernières comme étant ces personnes victimes de racismes, de discriminations, du foisonnement identitaire et des difficultés à avoir les mêmes ascensions ou opportunités sociales et sociétales que les Caucasiens. Chaque peuple et chaque culture a ses réalités avec des ethnies considérées comme étant des minorités et en France nous sommes ainsi conditionnées.

Les étrangers et français issus de l’immigration ou comme ils disent « Français par naturalisation » sont teints dans les médias comme étant des personnes qui profitent du « système », des personnes qui ne veulent pas suer. La réalité en est tout autre, en Île-de-France à partir de 5h du matin les personnes prenant les transports pour aller travailler sont majoritairement loin d’être la France blanche d’origine judéo-chrétienne. Les étrangers qui vivent en Europe ne veulent pas piller ou profiter ils veulent le même traitement que les expatriés Européens présents dans leurs pays d’origines. Ils ne veulent pas juste se contenter de travail dans la sécurité, le ménage, la vente… alors qu’ils ont des diplômes qu’ils veulent faire valoir. ils veulent les mêmes opportunités d’emploi que leurs paires et faire valoir leur savoir-faire.

En attendant la deuxième série sur ce thème, retrouvez les portraits de mes quatre invités.

CHEIKH MOUSTAPHA est titulaire d’un BAC S à dominante Mathématiques et Sciences Physiques il a ensuite obtenu une Maîtrise en Mathématiques Appliquées, Informatique et Finance (MAIF). Il a effectué deux ans au sein d’un cabinet d’audit en tant que consultant assistant au pôle statistique notamment sur des missions d’audit de passation des marchés publics en Afrique avant de tout lâcher et de venir en Europe pour passer un Master en Biostatistique et Statistiques Industrielles. Ce n’était pas du tout évident au début  En résumé, il a été plusieurs mois sur le marché de l’emploi avec au moins 100 entretiens et 90 refus. « On se remet continuellement en question. Mais ne lâchez rien. Et sachez que les entretiens sont également des expériences professionnelles. Ça façonne votre façon de parler, de convaincre , de vous « vendre » et de parler de vous même. Le plus dur, c’est de décrocher le premier emploi. Par la suite, au fil des contacts que l’on se fait et de la montée en compétences, ce sont les entreprises qui viennent vers vous » me dit-il.

Mohamed Mb est titulaire d’un Bac S et est venu en Europe pour suivre un cursus d’ingénieur à l’ESIEE Paris. Il s’est rendu compte quelque temps que ce cursus ne lui convenait pas, il a décidé de rentrer en Afrique et de se réorienter vers le domaine des affaires. Il s’est inscrit dans une université Américaine sur place puis est reparti pour les Etats-Unis où il a obtenu un Bachelor en Business Administration avec une spécialisation en Finances. Il est revenu en Europe pour s’y installer et a obtenu un Master en Management avec une spécialisation en affaires internationales. Avec toutes ces différentes expériences acquises, il a décroché un travail avant l’obtention de son Master dans l’un des « Big Four » de l’Audit.

En se basant sur son expérience personnelle, il reste dubitatif aux conseils à donner aux jeunes qui veulent faire de l’Audit. « Cela dit, il reste un métier très formateur et une des principales voies pour accéder aux métiers de la finance. L’un des principaux attraits du métier est qu’il permet d’accéder au bout de deux ans à des fonctions d’encadrement d’équipes sur le terrain. En outre, l’auditeur a très rapidement des responsabilités à assumer puisqu’il gère la mission chez le client. Il est l’interlocuteur clé entre l’entreprise et le manager. Par ailleurs, la diversité des clients et des environnements peut être très attrayante pour certains. Personnellement, je n’audite presque que des banques. Mais un collaborateur peut auditer les comptes d’une banque une semaine donnée, puis ceux d’un établissement de crédit-bail la semaine d’après, ou encore ceux d’une compagnie d’assurance la semaine suivante. La possibilité de découvrir une entreprise dans toute sa transversalité est également très appréciée. Un auditeur acquiert forcément une connaissance très large de l’entreprise…Mais il faudra tout de même travailler dur. Le rythme de travail et les nombreux déplacements, sont peu compatibles avec une vie sociale très active. Il faut être préparé à tout ça » me confit-il.

MOHAMED Nd est titulaire d’un bac L2 et s’est inscrit ensuite en L1 Sciences Economiques et de Gestion dans une université d’Afrique de l’Ouest. Au cours de cette première année universitaire, il s’est rendu compte qu’il ne se plaisait pas dans cette filière, ce qui l’a conduit à faire une année sabbatique avant de s’inscrire à l’UFR des Civilisations Religions Arts et Communication en mention communication dans la même université. Il a ensuite commencé les procédures pour rejoindre l’Europe au cours de sa L3, et a eu une pré-inscription en licence 3 information-communication à l’Université de la Sorbonne Nouvelle. Il a ensuite poursuivi ce cursus jusqu’au M1 et il est en ce moment Stagiaire pour valider son année dans un cabinet de consulting après plusieurs mois de recherches. Pour les personnes qui veulent se spécialiser dans sa filière, il leur conseille de « surtout faire attention aux contenus des cours donnés par les facs Européennes. Les formations dispensées y sont beaucoup plus théoriques que pratiques ce qui peut emmener à une désorientation par rapport aux enseignements reçus dans les universités Africaines comme son ancienne université, qui était axée sur la pratique. Et il ne pas négliger le milieu professionnel en favorisant les stages tout au long des études, ça permet d’être à cheval entre l’université et le monde professionnel »

Tamsir a eu son Bac S en Afrique de l’Ouest, et a obtenu une pré-inscription en prépa pour intégrer une école d’ingénieur où il a obtenu un Master en informatique Systèmes et Réseaux. Il a intégré rapidement le monde du travail parce qu’il a favorisé les alternances lors de son cursus scolaire C’est naturellement qu’il a reçu une offre à la fin de son alternance de fin d’études parce qu’il évolue dans un milieu qui recrute beaucoup.Pour les personnes qui veulent se spécialiser dans sa filière  » Il faut pendant sa formation savoir dans quel domaine on veut se spécialiser, pour faire les certifications en fonction de son choix. Je conseille aussi de favoriser les alternances si possible pour avoir une vraie valeur ajoutée et de l’expérience à la fin des études » Et concernant les personnes issues de communauté minoritaires il rajoute ‘Leur insertion dans le milieu professionnel peut être très compliquée, il y a clairement une discrimination dans certains pays Européens. Il faut en être conscient et maximiser ses chances sur tous les plans en se rapprochant de ses pairs déjà présents dans le milieu professionnel où l’on veut évoluer. Le réseautage facilite les démarches, il faut le créer et en profiter pour maximiser ses chances ».

Ces jeunes ont eu des parcours atypiques et ont du tout lâcher à un moment pour tout recommencer. Ils nous démontrent qu’il n’est jamais trop tard pour poursuivre ses rêves et malgré les péripéties on peut y arriver. La discrimination des minorités et le racisme sont malheureusement toujours d’actualité et freinent aujourd’hui des personnes à poursuivre leurs rêves. On voudrait comme certains, naïvement nous dire qu’il n’existe pas, que c’est « dans nos têtes » mais nous pouvons en être victime sans même nous en rendre compte. Il est de notre devoir d’en parler, de le dénoncer, de ne pas être aphone et de continuer le combat de nos prédécesseurs pour que notre future génération ait une pléthore de choix et de perspectives.

Retrouvez prochainement, toujours dans le thème du Black Excellence l’histoire de Femmes qui participent activement au développement de leur Pays

38 thoughts on “BLACK EXCELLENCE : ÉTRANGERS EN EUROPE

  1. Très bel et intéressant article.
    Toujours admirative des jeunes qui remuent terre et ciel pour réaliser leurs rêves

  2. Sujet très attrayant et toujours d’actualité. J’apprécie cette idée d’avoir relaté certaines des difficultés auxquelles la communauté étrangère installée en France fait face.
    Bonne continuation !

  3. Toujours un plaisir de lire et d’apprendre de nouvelles choses. Hey Queen you the best ❤️ Et puis ces Men ont quelque chose hein ☺️

  4. Article hyper interessant , j’ai pris plaisir à le lire , j’aurai aimé que plus souvent sur Twitter les gens partagent leur parcours professionnel pour inspirer certains au lieu de toujours parler de la même chose bref….
    Merci pour ton article hyper enrichissant , j’adore ce que tu fait .

  5. Je suis bluffée et leur souhaite à tous et aux autres étudiants une réussite totale. Bravo Mado we proud of you 🙌🏽

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